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Julie Quynh Nhi Tran

Favoriser la créativité et le bien-être des étudiantes et étudiants grâce à une pratique évaluative différente

Chargée de cours et doctorante en travail social, Julie Quynh Nhi Tran parle avec enthousiasme des activités d’évaluation qu’elle propose à ses étudiantes et étudiants de premier cycle en études féministes, des genres et des sexualités. Issus de parcours divers, ces derniers étudient principalement en sociologie ou en science politique et suivent des cours en tant qu’étudiants libres ou à titre de participants à un échange international. Les éléments clés qu’elle favorise? Encourager une démarche réflexive, critique et créative dans un contexte où les étudiants et étudiantes se sentent à l’aise de s’exprimer.   

Un journal de bord pour développer la pensée critique 

Dans le cours « Femmes et sociétés : enjeux contemporains », qui compte une vingtaine d’étudiants et étudiantes, Julie Quynh Nhi Tran demande la rédaction d’un journal de bord, une démarche essentielle, selon elle, afin de développer une posture critique sur la matière présentée à chaque séance (soit une lecture, l’écoute d’un balado, une conférence, etc.). C’est d’ailleurs une pratique qu’elle a pu expérimenter pendant ses propres études. 

En une ou deux pages, la personne établit des liens entre son vécu, les théories féministes et de genre présentées et les enjeux sociaux actuels. Elle recherche un style de rédaction authentique, en limitant le stress lié à la performance, un problème auquel elle accorde beaucoup d’importance. De plus, elle ne tient pas compte des fautes d’orthographe et de syntaxe lors de la correction, une façon de limiter le recours à l’intelligence artificielle. Chaque journal, évalué tout au long de la session, est accompagné de commentaires et de pistes d’amélioration, mais sans gabarit imposé. Un temps d’échange en classe permet aussi le partage des stratégies de rédaction. C’est lors d’une formation donnée par le Centre de pédagogie universitaire (CPU) qu’elle a pu enrichir sa réflexion sur l’utilisation de cet outil avec le conseiller pédagogique Yohann Cesa. Au cours des prochaines sessions, elle prévoit réduire le nombre de journaux à rédiger par les étudiantes et étudiants, en leur offrant la possibilité du choix de la date de remise, incluant l’option de rétroactions verbales. 

Apprendre par la création 

La création d’un zine (diminutif de magazine) s’avère certainement une activité en dehors de la zone de confort des personnes étudiantes, un objectif favorisant l’expression créatrice à laquelle Julie Quynh Nhi Tran accorde de l’importance. Le zine est réalisé lors d’une seule séance en classe, en collaboration avec une artiste multidisciplinaire qui explique le concept et apporte le matériel créatif. Pour cette première expérience, le thème abordé a été l’« allyship » (l’alliance) issu des théories féministes. En préparation à la séance, chaque membre du groupe a reçu trois textes1 choisis pour leur accessibilité et leur capacité à faire réfléchir à différentes postures.  

Avant d’amorcer le travail individuel, les étudiants et étudiantes ont entamé une discussion en équipe sur la manière de rendre vivantes et transformatrices les théories présentées dans ces textes (par exemple à l’aide de dessins, de schémas). Une fois complété, l’atelier s’est clos par une mise en commun des zines, qui ont aussi été transmis aux autrices des textes. Celles-ci ont été touchées par la profondeur et la créativité des résultats. L’évaluation de chaque production a été effectuée selon le principe du succès ou échec, pour éviter le stress de l’attribution d’une note. La réaction des membres du groupe a été majoritairement très favorable. Pour certaines personnes, il s’agissait d’une première expérience où la joie et l’authenticité pouvaient être vécues sans la pression d’une performance scolaire. Il est prévu que ces pages de zine soient publiées à l’hiver 2007 sur le site Internet de la Chaire d’excellence en études féministes, genres et sexualités2.

Voici un exemple :
Eva-Loan Ponton Pham et Julie Quynh Nhi Tran (page gauche) et Aglaé (page droite)

Intervenante sur le terrain, Julie Quynh Nhi Tran demeure très sensible à la santé mentale de ses étudiants et étudiantes. Par conséquent, elle reste convaincue que la rigueur théorique et la culture du bien-être peuvent coexister, d’où l’importance de proposer des activités prenant en compte ses savoirs favorisant des collaborations avec des personnes issues d’autres milieux. Pour un groupe plus nombreux, elle suggère un regroupement par petites équipes, ce qui serait aussi une manière de favoriser la collaboration.

Une conception transformatrice de la formation 

Selon Julie Quynh Nhi Tran, il faut éviter d’avoir une vision pédagogique à court terme dans les cours et les programmes. Intervenante sur le terrain depuis plus d’une dizaine d’années, elle observe que les personnes diplômées manifestent trop souvent un réflexe de conformité pour satisfaire aux attentes. Face à ce constat, elle répond : « La formation universitaire devrait être un espace pour dépasser cette habitude : développer un regard critique sur ses propres actions, remettre en question les enjeux, cultiver une pensée qui nourrit une pratique et, plus largement, une démocratie. » Par conséquent, il faut parfois sortir du cadre normatif. Cependant, elle témoigne de sa confiance vis-à-vis des étudiants et étudiantes à cet égard. 

Des connaissances en pédagogie demeurent donc un élément clé pour Julie Quynh Nhi Tran. Elle estime qu’il est de son devoir de se former pour proposer des activités qui auront un impact transformateur sur ses groupes. Bien sûr, la conséquence, c’est de se retrouver soi-même dans un processus incertain où l’on se met en situation de vulnérabilité, mais cela ne l’inquiète pas. 

1 Gehl, Lynn. 2012. Charte des responsabilités des alliés.es (trad. F. Boudreau). https://www.lynngehl.com/ally-bill-of-responsibilities.html;

Lavarone-Turcotte, Anne. 2025. « Réaménager le sous-sol ». Dans Le sujet du féminisme est-il blanc? Tome 2, sous la direction de Naïma Hamrouni et Chantal Maillé, p. 263-274. Montréal : Les éditions du remue-ménage;

Rosso, Karine. 2025. « La théorie littéraire féministe peut-elle encore faire communauté? » Dans Le sujet du féminisme est-il blanc? Tome 2, sous la direction de Naïma Hamrouni et Chantal Maillé, p. 71-81. Montréal : Les éditions du remue-ménage.

2 https://nouvelles.umontreal.ca/article/2026/07/02/l-udem-cree-une-chaire-en-etudes-feministes-genres-et-sexualites

Julie Quynh Nhi Tran
Chargée de cours
Faculté des arts et des sciences - École de travail social