L’évaluation des apprentissages en enseignement supérieur
L’évaluation des apprentissages encore et toujours

L’évaluation est un acte pédagogique aussi ancien que l’enseignement lui-même. Elle soutient les apprentissages, éclaire l’intervention de la personne enseignante et permet d’attester le niveau de maîtrise des connaissances et des compétences visées. Dans un contexte où l’intelligence artificielle générative (IAg) est de plus en plus présente, ces fonctions ne perdent rien de leur importance. Elles deviennent, au contraire, plus exigeantes.
Comment faire alors? Il nous faut réfléchir à des pistes qui permettent d’observer à la fois le résultat obtenu et le processus d’apprentissage, au-delà de la seule détection du plagiat ou d’un retour systématique aux examens « papier-crayon ». Il importe également de clarifier les usages permis, encadrés ou interdits de l’IAg et d’expliquer ce positionnement aux personnes étudiantes.
En produisant des textes, des analyses ou d’autres artefacts, l’IAg peut rendre plus difficile l’appréciation de ce qui relève réellement du travail, du raisonnement et des apprentissages de la personne étudiante. Elle peut également contribuer à un certain délestage cognitif lorsque les personnes étudiantes ne sont pas accompagnées dans le choix des tâches qu’il est pertinent de déléguer à la technologie et de celles qu’il demeure essentiel de réaliser soi-même pour développer ses capacités de réflexion, d’analyse critique, de jugement et de collaboration.
Les échanges ayant eu lieu lors du colloque du CPU du 4 mars 2026 ont permis de dégager plusieurs pistes pour rendre les pratiques évaluatives plus authentiques, équitables, motivantes et crédibles. Parmi celles-ci, mentionnons le retour aux finalités de l’évaluation avant le choix d’une modalité ou d’un outil, la prise en compte dans l’évaluation, lorsque pertinente, du cheminement en plus du résultat, la promotion de l’agentivité de la personne enseignante et de la personne étudiante dans l’utilisation de l’IAg ainsi que le fait que toute transformation des pratiques exige du temps, de la formation, de l’accompagnement et des espaces de dialogue.
Cette réflexion ne devrait toutefois pas se mener exclusivement de manière individuelle. Elle gagne à être conduite collectivement, à l’échelle des disciplines et des programmes. C’est ce va-et-vient entre les niveaux individuel et collectif qui peut favoriser la cohérence des attentes, leur compréhension par les personnes étudiantes et leur appropriation par les équipes enseignantes.
Pour soutenir notre corps enseignant dans ce travail, et conformément à ce qui avait été annoncé à la clôture du colloque, le CPU lancera prochainement une communauté de partage sur l’évaluation. Ouvert à l’ensemble du personnel enseignant de l’Université de Montréal, cet espace permettra de traiter des questions issues de différentes disciplines, de discuter des difficultés rencontrées et de partager des expérimentations. Les informations d’inscription à cette communauté seront mises en ligne sur notre site très bientôt.
En mars, nous nous sommes demandé comment préserver la valeur pédagogique, l’équité et la crédibilité de nos évaluations. Le 20 octobre prochain, à l’occasion de notre colloque, nous élargirons la réflexion aux diplômes. Si les évaluations attestent les apprentissages réalisés dans les cours, que devrait attester, au terme d’un parcours, le diplôme universitaire lui-même? Lors de ce colloque, nous pourrons réfléchir aux connaissances et aux compétences que le diplôme devrait certifier, aux preuves permettant de documenter la maîtrise réelle des apprentissages ainsi qu’aux conditions nécessaires pour maintenir la confiance envers les diplômes universitaires.
L’enjeu consistera surtout à nous demander ce que nous cherchons réellement à observer lorsque nous évaluons : un résultat, un raisonnement, une démarche, une capacité à mobiliser des connaissances ou à exercer son jugement? Cette question touche directement la qualité des apprentissages, mais aussi la crédibilité des parcours de formation et la valeur des diplômes que nous décernons.
Je tiens enfin à remercier les personnes enseignantes qui ont généreusement accepté de partager leurs témoignages et leurs façons d’envisager l’évaluation des apprentissages. Je remercie également toutes les personnes impliquées, de près ou de loin, dans la rédaction de cette infolettre, qui nous sert de trame pour poursuivre notre réflexion sur le devenir de l’évaluation et de l’enseignement dans un contexte en perpétuel mouvement.
Mohamed A. Ali Benali
Directeur
Centre de pédagogie universitaire de l'Université de Montréal