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Dans la classe de... Bernard Charlin

La formation par concordance

« C’est une méthode d’apprentissage qui consiste à placer les étudiants et les étudiantes dans des situations qu’on rencontre dans la vie professionnelle, où les réponses ne sont pas toujours noires ou blanches, où il y a de nombreuses zones grises. La formation par concordance permet de former au raisonnement dans les contextes de gris. »

C’est en ces termes que Bernard Charlin, professeur à la Faculté de médecine, décrit la formation par concordance.


Les éléments clés de la formation par concordance

Comment se déroule une activité de formation par concordance? Un cas authentique est présenté sous la forme d’un court paragraphe qui décrit une situation dans laquelle plusieurs hypothèses sont plausibles. Par exemple, dans le secteur de la santé, ce pourrait être le cas d’un patient en consultation pour une douleur intolérable. Une hypothèse (diagnostique ou d’investigation) est soumise. Une donnée nouvelle est alors fournie. L’étudiant ou l’étudiante doit indiquer l’effet de cette donnée sur l’hypothèse présentée. Cela peut n’avoir aucun effet, renforcer ou affaiblir l’hypothèse considérée. La question suivante comporte une autre hypothèse et une autre donnée. Pour chaque mise en situation, quatre ou cinq questions sont ainsi proposées.

Des experts du domaine ont préalablement répondu à chacune des questions et justifié leur réponse. Chaque fois que l’étudiant ou l’étudiante répond, une rétroaction apparaît. Elle lui permet d’évaluer dans quelle mesure il y a concordance entre sa réponse et les choix des experts. Élément très formateur, les justifications formulées par chacun d’eux sont accessibles. Il va sans dire que ces réponses ne sont pas nécessairement convergentes. C’est le propre de la pratique professionnelle. À la limite, des experts peuvent fournir une réponse identique, mais leur justification variera. 

Les avantages pédagogiques

Pour les étudiants et étudiantes, c’est une expérience unique d’avoir accès à un tel bassin d’expertises. Ils prennent mieux la pleine mesure des zones d’incertitude dans la pratique professionnelle. Bien que cet aspect puisse être présenté en classe par l’enseignant ou l’enseignante, le point de vue d’un groupe d’experts externes dont la notoriété est reconnue ajoute un poids important.

Les possibilités d’applications

Élaborée d’abord pour des enseignements dans le secteur de la santé, la formation par concordance trouve sa pertinence dans bon nombre de disciplines. De fait, elle s'applique à tous les domaines dans lesquels la pratique amène à réfléchir en contexte d’incertitude. 

Ainsi, un problème de gestion de classe peut être soumis en sciences de l’éducation. Un enjeu de recrutement de personnel peut faire l’objet de questions dans le secteur des relations industrielles ou en gestion. Ce peut être aussi des problématiques en design ou en éthique de la recherche. De plus, toute situation concernant l’exercice du professionnalisme offre un terrain riche pour le recours à cette pédagogie active. 

Outre la diversité des champs d’application, l’importance accordée à la démarche peut varier dans un cours. Un enseignant ou une enseignante peut soumettre quelques questions à ses groupes à titre de complément. Avec l’expérience, il ou elle pourra proposer un nombre accru de situations. Bernard Charlin donne à titre d’exemple une formation sur la prise en charge de divers aspects du cancer de la glande thyroïde. Pendant cette formation, les étudiants et étudiantes (dans ce cas des médecins spécialistes) ont eu à donner leur avis sur 25 situations cliniques pendant une période de huit semaines.


La formation par concordance dans StudiUM

Il y a maintenant une avancée importante à l’Université de Montréal. La formation par concordance peut être mise en œuvre dans StudiUM. Comme le souligne avec enthousiasme Bernard Charlin : « Ça change tout! » Avec le développement dans StudiUM, tout est plus simple. On élimine le recours au papier pour la présentation des situations, la formulation des hypothèses et l’offre de choix de réponses ainsi que la rétroaction. De plus, les problèmes de communication avec les experts aux différentes étapes préparatoires sont résolus, peu importe où ces experts se trouvent. Tout se déroule dans StudiUM, auquel chacun d’eux a accès.

Pour Bernard Charlin, médecin et titulaire d’une maîtrise en éducation de l’Université Harvard et d’un doctorat de l’Université de Maastricht, le potentiel d’application de la formation par concordance et l’intérêt qu'elle suscite à l’échelle internationale sont indéniables depuis l’intégration de la démarche dans un environnement comme StudiUM.

La planification d’une formation par concordance

Comme toute innovation, il faut quelques adaptations et un temps d’apprentissage de la part des membres du personnel enseignant ou des équipes qui s’engagent dans cette démarche. Il s’agit d’abord de déterminer des situations professionnelles ou disciplinaires caractéristiques du milieu et de sélectionner des questions ou informations complémentaires qui permettront aux étudiants et étudiantes de progresser dans leur réflexion. À cela s’ajoutent la formulation des hypothèses plausibles et le recrutement d’experts. Bernard Charlin précise que ces derniers sont heureux de recevoir l’invitation, puisqu’on leur demande de partager leurs savoirs et leurs expériences avec des jeunes de la relève.   

La force de la démarche

En somme, la formation par concordance est un outil qui soutient de manière originale et en profondeur les processus d’apprentissage complexes nécessaires dans la pratique professionnelle. Avec une planification relativement simple pour l’enseignant ou l’enseignante, l’enrichissement de la réflexion par la rétroaction des experts est nettement plus avantageux en comparaison d’autres stratégies telles que le recours à des questions objectives.

« Si l’on veut aller chercher des savoirs bien déterminés, on va utiliser des techniques plus traditionnelles, mais si l’on souhaite préparer à la pratique qui comporte ses zones d’incertitude, la formation par concordance a une place importante », conclut Bernard Charlin.