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Dans la classe de… Karine Jetté

De la grève à la pédagogie inversée

« Quand j’ai commencé à utiliser la pédagogie inversée, j’avais un cellulaire tellement désuet que j’étais gênée de le montrer à mes amis, se remémore en riant, Karine Jetté, chargée de cours et superviseure de stages au Département de littérature et de langues du monde. C’est dire à quel point, il n’est vraiment pas nécessaire d’être super « techie » pour adopter cette approche. Il faut juste être motivée… ».

Son élément déclencheur : une grève qui compromettait la réussite de ses étudiants. « Lorsque nous sommes revenus en classe, nous accusions un tel retard que j’ai misé sur la méthode inversée pour éviter qu’ils ne perdent leurs acquis, explique la professeure d’espagnol. Pour accélérer leur apprentissage, j’ai donc réalisé des capsules vidéo afin qu’ils acquièrent la théorie à la maison et que nous consacrions un maximum de temps, en classe, à la pratique. Cela a tellement bien fonctionné que j’ai retenté l’expérience à la session suivante en poussant le concept un peu plus loin et je n’ai jamais arrêté depuis. »

Des gains indéniables

Ainsi, contrairement à l’approche traditionnelle, la pédagogie inversée permet aux étudiants d’acquérir les notions de base – à distance et à leur propre rythme – tout en réservant les apprentissages plus pratiques pour la classe. Sur place, l’enseignant s’assure de la compréhension de chacun, présente des exemples concrets ou bien des études de cas, et focalise sur la résolution de problèmes et la pratique. « Auparavant, j’étais toujours limitée par le temps alors qu’aujourd’hui, je peux couvrir davantage de matière, approfondir certaines notions et même fournir des ressources complémentaires à ceux qui désirent aller encore plus loin », explique Karine Jetté.

Autres constats : les étudiants sont plus actifs, autonomes, davantage impliqués dans leur formation. Ils commentent, travaillent en collaboration, ce qui est bien plus mobilisateur qu’un cours magistral. « Cette méthode donne d’excellents résultats que ce soit pour la formation des futurs enseignants ou l’apprentissage d’une langue seconde, soutient la chargée de cours qui œuvre auprès de ces deux types de clientèle. Elle me permet d’offrir un enseignement beaucoup plus complet, d’aller plus loin sur le plan de l’apprentissage, de travailler davantage au niveau des compétences pas juste linguistiques mais aussi stratégiques. Nos rôles respectifs ont totalement changé. Je suis devenue un genre de guide qui les accompagne en leur fournissant les bons outils. »

Les conditions à mettre en place

Qu’utilise-t-elle exactement comme outils ? « La classe inversée, ça peut prendre tellement de formes, ce n’est pas obligé d’être compliqué, affirme-t-elle. Il suffit de mettre du contenu à la disposition des étudiants. Ça peut être aussi simple qu’un texte à lire envoyé par courriel et accompagné d’un petit quiz pour valider l’assimilation; de capsules vidéo que je réalise moi-même ou que je trouve sur YouTube ou encore de balados qui présentent des discussions entre experts, etc. » Pour éviter la routine, elle essaie de varier.

Et comment les étudiants perçoivent-ils cette nouvelle pratique ? À chaque session, Karine Jetté profite d’une évaluation de mi-parcours pour s’en acquérir et s’assurer que ses cours répondent bien à leurs besoins. « À ce chapitre, leur réponse est unanime : avec la méthode inversée, ils se disent plus à même de constater leurs propres progrès, comprennent davantage la théorie, mais ce qu’ils apprécient par-dessus tout, c’est d’avoir plus de temps pour la pratique. »

Un piège à éviter? « Quand on travaille en méthode inversée, il est impératif que tous les étudiants fassent au préalable leurs devoirs/exercices en solo. Sinon cette approche perd toute sa valeur pédagogique, soutient Karine Jetté. Comme professeur, il faut donc l’assumer totalement et résister à la tentation de répéter ce qui doit, en principe, être déjà acquis. D’où l’importance d’établir des règles du jeu claires dès le départ et de leur expliquer qu’ils ne pourront pas suivre en classe, s’ils ne travaillent pas à la maison. Et ce, sans parler du danger de démobiliser ceux qui n’apprendront rien de neuf parce qu’ils auront fait leurs devoirs. Il y a donc une forme de gestion de classe à assumer d’entrée de jeu. Ça demande un certain ajustement mais une fois que le rythme est implanté, les étudiants n’en constatent que les bienfaits. »

Source des photos : Karine Jetté